Images de pensée. Penser en images.

by Carole Lanoix | carole.lanoix@epfl.ch

Appeared online: May 14, 2014

 

L’architecture comme lecture des apparences:
une question de traduction.

La question de la traduction anime peut-être et à juste titre toute science telle qu’elle soit. Considérant la ville ou mieux l’habitat – au sens large – d’un milieu dit urbain, les sciences de la ville impliquent une traduction toute particulière, celle de l’espace en image, autant que la traduction de l’image en espace. La représentation semble indissociable et inhérente aux problématiques liées à la ville à en croire le géographe Antoine Bailly dans son ouvrage Représenter la ville. À la question « qu’est ce que la ville ? », il répond « une apparence » . Bien plus, « chaque représentation particulière révèle une partie du sens de la ville, ou une forme particulière de rapport à la ville. C’est l’ensemble de ces représentations qui peut faire naître l’idée de ville ».

Si la ville se réduit à une apparence, alors quel sens faut-il donner à cette représentation ? En tant que « synthèse cognitive, obtenue par un processus de construction, à partir de l’action de la réalité sur nos sens (des acquis de la mémoire aux fantasmes) pour être ensuite projetée sur le réel » toute représentation questionne directement et (re)met véritablement en jeu notre lecture des apparences. En effet, parmi les productions humaines, la ville a ceci de particulier qu’elle ne doit rien à personne qu’aux humains. C’est un pur artefact, un artifice dont les processus et mécanismes réciproques de perception et de projection témoignent d’une multitude de combinatoires pour former différentes « réalités » ou « visions » possibles.

Si « penser l’espace » est devenu une évidence dans l’enseignement de l’architecture, « penser les images » constitue le pendant d’une logique qui se veut à la fois combinatoire et corrélative. Penser l’architecture comme science c’est se plier aux exigences d’un travail sur l’espace certes, mais également sur son articulation avec l’image fabriquée ou à produire. La question de la représentation de l’espace reste fondamentale d’autant plus qu’en architecture la production d’image prime bien souvent sur celle d’espace.

S’appuyant sur cette dialectique, un nombre conséquent de productions architecturales, plan, coupe, élévation, vue, perspective, esquisse, dessin, diagramme ou encore carte sont avant tout à considérer comme image. De l’espace de représentation à la représentation de l’espace, le travail de recherche en architecture ou en sciences de la ville, porte justement sur ces imageries et explore à la fois méthodologiquement l’image comme argument et empiriquement la production d’image comme protocole expérimental.

De toute évidence, aucune science de l’image ne saurait aboutir sans l’expérience du regard, par la reconnaissance des formes sensibles, de manière imprévue, par l’intuition, au hasard d’idées expérimentales. Cette expérience pourrait être qualifiée d’une « science dans l’enfance », une science nomade, qui peut se perdre, qui inquiète, qui n’est assuré de rien… au risque de casser ! De la pensée en image aux images de pensée, le travail de recherche en architecture et en sciences de ville est forcément initié à la frontière des disciplines (géographie culturelle, anthropologie urbaine, cartographie, urbanisme, histoire de l’art, philosophie) explore des tensions sur les processus de production de la connaissance et les procédés de restitution du savoir en envisageant également d’autres façons de raconter.

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