Approche du projet dans la recherche doctorale en architecture

by Ivan Mazel | ivan.mazel@grenoble.archi.fr

Appeared online: janvier 20, 2017

 

Ivan MAZEL et Léo TOMASI
Laboratoire Cultures Constructions
Unité de recherche Architecture, Environnement & Cultures Constructives
Université Grenoble Alpes
leo.h.tomasi@gmail.com

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Résumé

La discipline architecturale est intimement liée à la démarche de projet qui a une dimension intrinsèquement interprétative. En effet, les évolutions des possibles d’un projet sont extrêmement variées. Le projet en proposant une multitude de contingences crée un entre-deux entre projection et réalisation, un interstice où le travail du chercheur trouve pleinement sa place.
Dans un premier temps, nous nous intéresserons à la place du projet dans la recherche en architecture par une approche essentiellement bibliographique. Nous gardons à l’esprit que ces questions ne sont pas neuves et ont déjà largement été traitées par de nombreux auteurs et dans différents contextes nationaux.
Dans un second temps, nous choisissons de nous inscrire dans le cadre de l’enseignement et de la recherche en France. En nous appuyant sur les thématiques de travail des laboratoires de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble et sur les champs disciplinaires de l’enseignement de l’architecture, nous proposerons une tentative de typologie de recherche en architecture à travers le prisme du projet :

  • la recherche par le projet : il s’agit d’utiliser le projet comme outil de recherche afin d’expérimenter des propositions, de révéler des situations et de recueillir des discours dans une relation directe avec le réel;
  • la recherche sur le projet : il s’agit d’étudier les représentations et les réalisations concrètes comme manifestations du projet, un corpus de projets est le support de la recherche ;
  • la recherche dans le projet : il s’agit de saisir le projet de l’intérieur, de décrire les relations entre les acteurs d’un même projet, d’analyser son mode de production, de réaliser une « écologie » du projet;
  • la recherche à travers le projet : il s’agit d’observer les démarches des acteurs du territoire au prisme de leur projet de transformation de l’espace, le projet est alors une grille de lecture de l’intentionnalité et des actions des individus et des structures de l’aménagement du territoire;
  • la recherche autour du projet : il s’agit de comprendre dans quel contexte s’insère un projet et d’expliciter l’environnement historique de son émergence;
  • la recherche au-delà du projet : il s’agit de s’intéresser à l’après-projet, les effets inattendus, non programmés ou non désirés, les manières d’habiter et les ambiances.

De manière transversale, il nous paraît important de nous questionner autant sur la pratique de la recherche en architecture en et pour elle-même que sur les aspects de la pratique pédagogique en architecture. En amont, c’est à partir de cette pratique que pourra se tisser « une tradition de la recherche architecturale, telle qu’elle existe dans les autres disciplines universitaires, une tradition dans tout ce qu’elle a de vivant (transmission de savoirs, de connaissances, de méthodes, de problématiques, d’une génération à l’autre), mais aussi de potentiellement sclérosant (institutionnalisation, cloisonnements, mandarinats). » (Findeli, Coste 2007)
Enfin, nos approches de l’Architecture divergent par nos parcours : entre architecture, géographie, urbanisme et histoire. En s’appuyant sur nos expériences, notre travail adopte un regard volontairement pluridisciplinaire.


Introduction

« Qu’est-ce que la recherche en architecture ? » nous propose d’interroger l’appel à communication de ce numéro de la revue Contour. De façon subjacente, la question est : dans quelle mesure la recherche en architecture aide-t-elle à produire de l’architecture ? Du point de vue épistémologique, l’architecture est une discipline praxéologique tournée vers l’action, la transformation du monde et donc vers le projet (Findeli & Coste, 2007), le design dans le contexte anglo-saxon. Nous posons ici l’hypothèse que la transaction entre « savoir » et « faire » se réalise au travers du projet et de la place plus au moins importante qui lui est accordée au sein des recherches en architecture. Alain Findeli, à la suite des travaux de Christopher Frayling, propose une division des approches de la recherche en design (c’est-à-dire la conception) : la recherche pour/sur/par le design. C’est dans ce sens que nous entendrons la recherche par le projet dans cet article sur lequel nous reviendrons par la suite. En effet, cette relation entre recherche et projet a été abordée par d’autres auteurs[1] et n’a pas toujours les mêmes acceptions.

Cette étude s’intéresse exclusivement au contexte français. Notre terrain d’étude se concentre donc sur les travaux de recherche en architecture au sein de l’enseignement supérieur de ce pays[2]. Point important, nous nous concentrerons ici uniquement sur le pan de la recherche doctorale en architecture et non sur l’ensemble des recherches en architecture. Ce choix s’explique par le fait que nous soyons plongés nous-mêmes dans un travail d’élaboration de thèses. De plus, pour une question de faisabilité nous avons concentré notre étude sur la recherche doctorale ; une somme de travaux qu’il nous était possible de saisir dans le cadre de cet article.

Avant de poursuivre plus avant notre investigation sur la place et la définition du projet, il semble pertinent de préciser le contexte dans lequel s’inscrit notre approche de l’architecture. Nous sommes tous deux doctorants[3] sous la direction d’Anne Coste qui traite dans ses travaux notamment de la théorie du projet. Nos expériences, nos parcours de formation comme professionnels sont en revanche bien différents et si nous nous permettons de les préciser rapidement c’est qu’ils éclairent de manière significative notre compréhension de la recherche d’une part et de l’architecture d’autre part. L’un est architecte, l’autre géographe de formation, l’un issu d’une école d’architecture, l’autre d’un parcours universitaire. Il en résulte une approche spécifique et nécessairement pluridisciplinaire des problématiques dont il nous faut ici rendre compte. Nous pensons que ces diverses approches, plus qu’un frein, peuvent constituer une occasion à saisir afin de permettre un échange entre des spécialités et des disciplines qui dialoguent d’ordinaire assez peu entre elles. Cette vision multidisciplinaire permet de saisir pleinement la complexité, chère à Edgar Morin (Morin, 1982) et avant lui à Michel de Rosnay (Rosnay, 1975). Cette complexité représente la variété des éléments d’un système, mais aussi et surtout les interactions dynamiques entre ces mêmes éléments. Alors que le microscope permet de saisir l’infiniment petit, le télescope ouvre à l’infiniment grand, la multidisciplinarité et l’approche systémique qui en découle, le « Macroscope » (Rosnay, 1975) facilite l’étude et la connaissance de l’infiniment complexe. Cette approche systémique, prônée par ces auteurs, n’a pas la prétention de remplacer purement et simplement l’approche analytique traditionnelle, mais bien de la compléter. En effet, alors que l’approche analytique se concentre sur l’étude de différents éléments, l’approche systémique étudie pour sa part les relations, les interactions entre ces mêmes éléments. Enfin, cette approche permet une perception plus globale, en intégrant plusieurs angles de vue pour une même problématique.

Les différentes références que nous avons sélectionnées doivent nous permettre de développer deux cheminements distincts, mais parallèles. La première voie que nous arpenterons vise à relever la place qu’occupe le concept de projet pour la recherche doctorale en architecture dans les discours de professeurs détenant une Habilitation à diriger la recherche (HDR), de chercheurs et de praticiens. La seconde se concentre exclusivement sur des travaux de doctorants, plus particulièrement des articles et des thèses. À partir de ces textes, l’idée est d’élaborer une proposition de typologie regroupant différentes approches du projet dans les travaux doctoraux. Nous avons donc mobilisé en conséquence un corpus qui peut, dans le cadre d’une recherche exploratoire, être encore largement complété.

Afin de saisir le sens du concept de projet et l’importance qui lui est donnée dans la recherche doctorale en architecture nous nous appuierons sur un premier corpus composé de trois sources. La première regroupe les textes de plusieurs professeurs HDR en architecture : Vers un doctorat en architecture[4] (Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, 2005). La seconde source est constituée des articles publiés par les chercheurs dans les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine intitulés « Trajectoires doctorales » (Devisme & Tsiomis, 2012) et « Trajectoires doctorales 2 » (Garric & Thibault, 2014)[5]. Il est utile de dire ici que nous nous sommes limités au cours de ce travail aux textes qui traitent de la recherche en architecture au travers le prisme du doctorat et non sur des textes traitant de la recherche en architecture en général. La troisième source comprend des entretiens d’architectes praticiens réalisés pour l’ouvrage Architecture et construction des savoirs : quelle recherche doctorale ? (Lengereau, 2008.)

Concernant les travaux des doctorants, et afin d’élaborer une typologie des approches du projet, nous avons constitué un second corpus. Celui-ci est composé d’une part d’une soixantaine de thèses soutenues de 2008 à 2014 dont la discipline de référence est l’architecture à partir du site theses.fr[6]; et d’autre part des articles rédigés par certains doctorants pour les actes des rencontres doctorales en architecture organisées par le ministère (Devisme & Tsiomis, 2012 ; Garric & Thibault, 2014.)

Ce corpus, plutôt restreint, peut constituer une limite à cette analyse. Ce classement prend en compte uniquement les textes présents dans les ouvrages du corpus que nous avons présenté plus haut et non l’ensemble des écrits des auteurs sur ces questions. Cet article est, soulignons-le à nouveau, le fruit d’un travail exploratoire encore en chantier. Cette recherche se propose de s’interroger la place du projet dans la recherche doctorale en architecture, de donner à voir des pistes d’investigation, des clefs de lecture autour de cette thématique. Les méthodes que nous avons utilisées, et que nous détaillerons par la suite, n’ont pas été à l’heure actuelle suffisamment mises à l’épreuve pour en tirer des conclusions définitives. Nous espérons en revanche que ce travail constituera une approche originale et participera à la vitalité du débat autour de ces questions.

Dans un premier temps, nous reviendrons sur le caractère polysémique du terme de projet en précisant notamment les caractéristiques du projet architectural, urbain et paysager. Dans une deuxième partie, nous proposerons un classement de plusieurs auteurs suivant leurs approches du projet. Dans un dernier temps, nous tenterons d’élaborer une typologie de la recherche en architecture au travers du prisme du projet.

Définitions et concepts de projet(s)

Comme nous nous questionnons sur la place du projet dans la recherche en architecture, nous tenons tout d’abord à préciser le terme de projet auquel nous faisons référence dans ce questionnement.

En management, le terme projet désigne l’organisation sociale dans un but et un temps déterminés (Boltanski & Chiapello, 1999). Il fait alors référence aux paradigmes du réseau, de la communication et de la relation. Pour ces auteurs, c’est la figure normative du « nouvel esprit du capitalisme ». Le projet s’est alors diffusé comme logique d’action dans tous les secteurs de la société, proposant une organisation sociale homogène, ce que dénonce avec humour Franck Lepage lors de ses conférences gesticulées. Dans le champ des sciences humaines et sociales, Jean-Pierre Boutinet a exploré la notion de projet. Selon lui, le projet fait partie des figures d’anticipation caractéristiques de la modernité par l’imbrication de l’espace et du temps qu’il sous-entend. « Ce double souci d’un temps prospectif à maîtriser et d’un espace potentiel à assujettir exprime les traits dominants de notre modernité » (Boutinet, 2012 p. 1). Le projet renvoie alors, en tant que concept, aux « objets en devenir que cultive la modernité » et, en tant que figure, à la « capacité à créer » et au « changement à opérer » par les individus et les collectifs (Boutinet, 2012 p. 7). Jean-Pierre Boutinet affirme que le projet architectural représente « le paradigme de tout projet » (Boutinet, 2012 p. 189).

La démarche de projet est au cœur de la discipline architecturale (Techniques et architecture – Démarches de projet [n° 406], 1993). Jean-Noël Blanc affirme que le projet architectural « retourne la réflexion en posant à la réalité une question inattendue qui en renouvelle l’appréhension » (Blanc, 2007 p. 19), c’est un type de démarche intellectuelle, la « pensée projet » selon ses termes, qui propose une construction possible du monde. « Projeter ce n’est pas seulement créer quelque chose de nouveau. Il s’agit de créer un tout, en ajoutant quelque chose de nouveau à quelque chose qui existe déjà. Chaque projet doit se situer entre l’existant et ce qui n’existe pas encore » (Nelson & Stolterman, 2003). Le projet est un « passage », c’est une articulation entre, d’une part, la demande sociale et, d’autre part, l’espace autant architectural qu’urbain (Prost, 2014). Le projet est un processus dans lequel s’effectue le travail de conception. Celle-ci recouvre l’« activité professionnelle des architectes », les « formes de pensée » dans le cadre de cette pratique, et les « résultats matériels de cette activité » (Conan, 1990). La conception est « le processus conduisant à inventer des éléments physiques qui, en réponse à une fonction à assumer, proposent un nouvel ordre physique, une nouvelle organisation, une forme nouvelle » (Alexander, 1971 p. 1).

La nature du projet de paysage est différente : il s’agit de « créer quelque chose qui était déjà là » (Besse, 2009 p. 64), d’inventer un territoire par la représentation et la description. Le projet de paysage peut s’appliquer à des échelles variées. Selon Pierre Donadieu le projet de paysage se décline par deux modalités d’anticipation : l’une, « cognitive qui suppose de connaître les causes des processus géographiques », et l’autre, « opératoire sur la base d’une conscience intuitive de ce qui doit être ou devenir, et elle sollicite des motifs paysagers (des formes) à et pour agir » (Donadieu, 2012 p. 170). Le projet de grand paysage est abordé par la notion de « projet ouvert » (Pernet, 2011) pour décrire les nouveaux modes de conception et d’invention pluridisciplinaires, participatifs, fédérateurs autour d’ateliers de travail.

Historiquement, le projet urbain diffère du projet d’architecture et de paysage, aujourd’hui pourtant il semblerait que ces trois modèles tendent à se rapprocher. Le projet urbain ajoute d’autres dimensions à la notion de projet. Le projet urbain se doit de prendre en compte d’autres projets qui se déploient à diverses échelles afin de fabriquer la ville. « On ne pense plus la ville par parties […], mais comme un ensemble, un système relationnel, un lieu permettant l’imbrication de tissus urbains et sociaux différents » (Ingallina & Roncayolo, 2010). Manuel Castells (Castells, 1983) définit le projet comme l’expression d’une idée. Il distingue donc le projet du programme, qui lui, traduit cette idée de manière plus détaillée. Cette transaction entre projet et planification urbaine est permise par la mise en place d’une stratégie (le plus souvent portée par le corps politique). C’est peut-être cette entrée stratégique qui donne au projet urbain toute sa spécificité. Peut-être aussi que la propriété d’élaboration collective du projet urbain fait également partie de ces spécificités. Même si l’on retrouve un modèle d’imposition étatique — comme cela fut le cas avec l’exemple de la mise en place des grands ensembles (Chalas, 1998) — le projet urbain est de plus en plus négocié. Ainsi le projet devient l’un des moyens de « co-production » de la ville (Arab, 2001). Christian Devillers (Devillers & Riboulet, 1994), propose une définition du projet urbain qui va dans ce sens : c’est « une démarche ayant pour but de rendre l’espace à l’usage […] impliquant une multiplicité d’acteurs qui ne peuvent pas être maîtrisés par une seule pensée ». Le projet urbain est dès lors une élaboration collective, autour d’un système d’intentions, d’une visée stratégique sur un territoire et d’une mise en forme spatiale (Hayot & Sauvage, 2000). Pour reprendre les mots de Marie-Hélène Bacqué, le projet urbain est « un système d’intention, une stratégie de développement d’un territoire comportant une forte dimension politique, ou avant tout la mise en forme spatiale de ces intentions » (Bacqué, Rey, & Sintomer, 2005 p. 95). Le projet urbain a pour ambition de s’inscrire dans le temps long, de s’extraire de l’impératif de l’urgence, du présent ; le temps du projet urbain se veut ouvert, permettant un suivi, il se prolonge après sa réalisation. Le projet urbain, en élaborant des stratégies, se libère du plan fixe et rigide, ce qui lui permet de prendre en compte les rythmes et les temporalités de l’espace déjà bâti (Ingallina & Roncayolo, 2010).

Paola Viganò affirme que le « projet de ville et territoire » est « producteur de connaissance » (Viganò, 2012). C’est un dispositif cognitif pour explorer le contexte spatial, « le projet est une forme d’étude et de recherche » (Viganò, 2012 p. 13). Elle mène une étude sur le statut épistémologique du projet, et relève des arguments en faveur « d’une recherche sur le projet comme outil de pensée et de production de connaissance » (Viganò, 2015, p. 60). Cette recherche permettrait de produire des idées, d’enrichir le débat sur le territoire et d’interroger de l’intérieur les processus de décision afin de relever des pistes pertinentes pour les constructions de demain. Dans la suite de cet article, lorsque nous traiterons du terme de projet, c’est bien du projet architectural, urbain et paysager auquel nous ferons référence en nous questionnant sur sa place dans la recherche doctorale en architecture.

Place du projet dans la conception de la recherche doctorale en architecture

Pour poursuivre notre investigation et après avoir précisé notre champ d’analyse, reposons ici notre question : quelle est la place du projet dans la recherche doctorale en architecture ? Afin de tenter de répondre, nous avons développé une grille de lecture qui doit nous permettre d’évaluer la place du projet dans les discours. Ce premier corpus se compose de textes des professeurs architectes et HDR – Vers un doctorat en architecture (Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, 2005) —, de chercheurs en architecture – Cahiers de la recherche architecturale et urbaine intitulés « Trajectoires doctorales » (Devisme & Tsiomis, 2012) et « Trajectoires doctorales 2 » (Garric & Thibault, 2014) —, et enfin des considérations d’architectes praticiens – Architecture et construction des savoirs : quelle recherche doctorale ? (Lengereau, 2008).

Nous disposons donc d’une cinquantaine d’articles qui traitent de la recherche doctorale en architecture et évoquent la place qu’occupe le projet dans celle-ci. Après analyse de ces différents textes, nous avons réalisé un schéma (figures 1, 2 et 3) qui propose de classer ces différents auteurs par rapport à l’importance que ceux-ci accordent au projet dans leurs approches de recherche. Nous proposons de les situer entre deux pôles : « absence du projet dans l’approche de la recherche doctorale en architecture » d’une part et « le projet comme cœur de la recherche doctorale en architecture » d’autre part. Concernant les architectes praticiens, nous avons changé les bornes pour : « absence du projet dans la recherche doctorale en lien avec la pratique de maîtrise d’œuvre » et « le projet comme cœur de la recherche doctorale en lien avec la pratique de maîtrise d’œuvre ». Comme nous l’avons écrit plus haut, le cœur de ces entretiens n’est pas le concept de projet en lui-même, mais l’apport de la recherche pour la pratique de l’architecture. Il faut bien préciser ici qu’aucun jugement de valeur n’est porté dans cette classification.

Le classement a été réalisé indépendamment pour chaque source. Il s’est agi de positionner les textes d’une même source, les uns par rapport aux autres. Ce classement reste donc purement indicatif. Pour réaliser ces schémas, nous avons considéré les textes qui entendent le projet comme objet d’étude et qui placent le travail de doctorat entre théorie et pratique comme milieu de ce classement. À partir de ce constat préliminaire, nous avons ensuite distribué les auteurs des textes de part et d’autre de cette borne, en direction de l’un ou l’autre des deux pôles préalablement identifiés.

À la lecture des schémas 1 et 2, nous pouvons faire plusieurs remarques. Première remarque, entre l’ouvrage Vers un doctorat en architecture et les articles des Cahiers de la recherche architecturale et urbaine, trajectoires doctorales 1 et 2, la place accordée au projet a légèrement évolué. Entre les textes de 2004, et ceux de 2012 et 2014, les architectes, chercheurs et professeurs HDR, semblent donner au projet une place plus importante. Ainsi entre les réflexions sur la mise en place du doctorat en 2004 et les retours sur les expériences de recherches en 2014, le projet semble avoir gagné du terrain. La précision des attentes, des modalités et des spécificités d’une thèse en architecture semble se construire en parallèle avec une prise en compte plus prégnante du projet. Par ailleurs, il est possible de lire ici une translation de l’appréhension du projet entendu de manière théorique et conceptuelle, vers une appréhension plus pragmatique de celui-ci à travers les différentes facettes de la recherche doctorale qui en découlent. Bien entendu, cette différence tient en partie aux desseins de ces deux publications, l’une œuvrant pour la mise en place du doctorat, l’autre pour sa mise en application.

En insérant la figure 3, il apparaît que les postures des architectes praticiens varient vis-à-vis du projet. Il existe une différence notable dans la définition du terme même de projet : entre projet d’architecture et projet dans la recherche doctorale en architecture. Il est pourtant intéressant de voir quel regard portent les praticiens sur la recherche et quelles attentes ils placent en elle.

Comme nous l’avons déjà signalé, cette grille de lecture peut être améliorée. Là encore, il s’agit des premiers jalons d’un travail en chantier ; cette méthode de classement peut être étoffée et doit être testée plus largement afin d’acquérir une légitimité scientifique optimale. En poussant plus avant notre analyse, de nouvelles pistes pourraient voir le jour. Sur le fond, il nous est rapidement apparu que réaliser le même travail sur les mémoires des HDR permettrait de nuancer, par une analyse plus fine, et d’argumenter plus encore le positionnement de chaque auteur vis-à-vis du projet. Le positionnement de chacun des auteurs gagnerait à être sondé afin de saisir ses évolutions. Concernant le contenu et le corpus d’analyse, il semble d’abord pertinent d’envisager de mener un travail similaire sur les acceptations du projet dans les recherches des disciplines du paysage et de l’urbanisme. Nous pouvons également étendre cette analyse en sortant du contexte national. En s’intéressant de plus près à la littérature scientifique étrangère et en proposant une comparaison internationale, on peut penser que la confrontation des diverses dimensions et acceptions du projet enrichira ce questionnement. En plus d’élargir le contexte géographique, il est possible de réfléchir dans un cadre temporel plus large. Mener une histoire de la place du projet dans la recherche en architecture pourrait nous amener à nous questionner sur les conditions de l’émergence de la recherche en architecture. Nous pensons que la réalisation d’une épistémologie de cette recherche en architecture (Hanrot, 2002) a beaucoup à nous apprendre et peut enrichir durablement les discussions autour du statut de science de l’architecture.

figure-1

figure-2

figure-3

Essai d’élaboration d’une typologie des approches du projet

Pour poursuivre notre analyse sur la place du projet dans la recherche doctorale en architecture, et après avoir tenté de saisir ses acceptions chez les enseignants HDR, les chercheurs et les architectes praticiens, nous nous tournons désormais vers les travaux de nos camarades doctorants en architecture. Nous proposons dans cette seconde partie une typologie de l’approche du projet.

Pour réaliser cette analyse, le corpus est constitué de deux sources. La première source est composée des résumés des cinquante-huit thèses soutenues dans la discipline de l’architecture entre début janvier 2008 et décembre 2014. Nous avons pris l’année 2008 comme point de départ de l’analyse en sachant que la mise en place du doctorat en architecture date de 2005[7]. Les résumés étudiés ont été consultés sur le portail des thèses françaises theses.fr. Ils permettent de saisir en substance les approches du projet qui sont présentes dans l’ensemble du travail. Mais, ayant conscience que le résumé d’une thèse ne contient pas toutes les nuances permises par un texte de plusieurs centaines de pages, nous avons choisi d’élargir quelque peu notre corpus à une seconde source. Ainsi la seconde partie de celui-ci est composée des articles des doctorants publiés dans Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine, « Trajectoires doctorales » et « Trajectoires doctorales 2 ». Les détails du corpus et son analyse se retrouvent en annexe.

Nous avons donc élaboré une typologie basée sur les articles des chercheurs étudiés dans notre première partie et présentant différentes facettes de l’approche du projet dans la recherche doctorale. Nous nous sommes aussi basés sur d’autres textes et plus particulièrement la contribution d’Alain Findeli (Findeli, 2004) qui reprend la division de Christopher Frayling (Frayling, 1993) de la recherche en design (dans le sens anglo-saxon du terme c’est-à-dire la conception) : la recherche pour le design, sur le design et enfin par le design. Parmi les autres références, nous pouvons aussi citer l’article de Chris Younès dans lequel elle propose plusieurs approches du projet : « les interfaces effectives du projet architectural entre connaissance, action et expérience ouvrent un chantier de recherche particulièrement stimulant que ce soit dans le projet, sur le projet, par le projet ou autour du projet » (Hogeschool Sint-Lukas, 2005 p. 441). Nous partons de l’hypothèse que les recherches en architecture abordent le projet sous des angles, des entrées différentes. Ainsi nous proposons de distinguer des recherches autour du projet, au-delà du projet, sur le projet, dans le projet, pour le projet et par le projet. Il est à dire que ces catégories d’approche du projet dans la recherche ne sont pas exclusives. Ainsi les travaux peuvent recouvrir deux voire trois approches différentes du projet. Afin de rendre plus explicites les distinctions que nous faisons entre les différentes approches du projet dans le doctorat, nous allons donner des exemples en nous appuyant sur le contexte de la recherche en architecture à l’ENSA de Grenoble, contexte dont nous avons une connaissance effective. Ces exemples sont les travaux doctoraux appartenant à notre corpus d’étude, saisis dans leur environnement de recherche, à savoir les laboratoires de l’école. Il est fait référence aux laboratoires à partir des axes de recherches présents sur leur site internet respectif[8] et dans le répertoire des unités de recherche des ENSA publié par le ministère (Galey, 2013).

La recherche autour du projet vise à comprendre le contexte historique (politique, économique, culturel), la demande sociale ainsi que la réception par la société (média, débat) du projet. Dans ce type de recherche, les conditions d’émergence du projet sont analysées, un regard particulier est porté sur les acteurs extérieurs l’ayant favorisé, la pensée dans lequel il s’inscrit. Dans cette démarche, Basile Cloquet (Craterre – AE&CC) commence son travail par « des enquêtes de terrain menées auprès d’acteurs et d’entreprises locales, croisées avec des références extérieures » afin d’analyser les enjeux et les potentialités de son territoire d’étude. De même, Anna Voronina (MHA-evt) affirme l’importance de ce regard autour du projet : « l’étude historique était essentielle pour comprendre le phénomène d’urbanisation et les origines des “natures” dans le milieu urbain, dont l’hétérogénéité résulte d’une séquence de bouleversements économiques et politiques ». Cette approche est largement partagée au sein du laboratoire MHA-evt. Les recherches développées en son sein considèrent « l’histoire comme méthode », et l’histoire de l’architecture « comme savoir fondamental, mais aussi comme mode d’interrogation des diverses traditions et cultures architecturales et urbaines en présence, à l’échelle de l’édifice, de la ville, et du territoire»[9].

La recherche au-delà du projet permet de saisir les manières d’habiter, les usages et les ambiances extérieures au processus de projet. Cette approche s’intéresse également aux effets non programmés et non intentionnels des projets. Dans cette logique, la recherche peut s’appuyer sur l’étude des pratiques habitantes à la suite du projet. Par exemple, Laure Brayer (Cresson) « interroge dans ce sens la portée du film (comme médium, comme pratique et dans sa réception) dans ce qu’il permet de comprendre de la transformation ordinaire des lieux. » Cette approche du projet à travers sa réception par les usagers est caractéristique des travaux sur l’ambiance architecturale et urbaine développés dans le laboratoire Cresson.

La recherche sur le projet s’intéresse aux manifestations du projet en tant que configurations spatiales et formes construites. Le travail consiste à analyser les dispositifs architecturaux, tout en accordant une place importante aux formes et à leurs matérialités. Ces artefacts sont appréhendés par des visites in situ, par le redessin des plans des édifices ou des aménagements, ou à travers des représentations de ces projets pour le bâti ancien par exemple. À partir de cette approche, Mélanie Manin (MHA-evt) propose dans son travail doctoral « l’analyse architecturale d’un échantillon de projets [qui] a pour objectif de repérer les principes du type architectural et les raisons de leurs évolutions. » Quant à Annalisa Caimi (Craterre – AE&CC), elle considère « les dispositions et les dispositifs vernaculaires à caractère parasinistre ayant démontré leur efficacité à réduire la vulnérabilité de l’environnement construit envers différents types d’aléas naturels ».

La recherche dans le projet propose de saisir le projet de l’intérieur. Il s’agit d’une part d’analyser les pratiques de conception, leur méthodologie et leurs références, et d’autre part d’étudier les modes de production de l’environnement construit. Dans cette approche, l’étude du rôle des différents acteurs impliqués dans le processus de projet est un élément central. Par exemple, Mélanie Manin (MHA-evt) écrit : « la thèse interroge les processus de conception développés par l’architecte français Henry Jacques Le Même (1897-1997). Nous nous donnons à comprendre le savoir-faire qu’il a mis en œuvre par la pratique du projet. » Suivant cette même démarche dans une partie de sa thèse, Dominique Putz (Cultures Constructives – AE&CC) propose « d’analyser les modes de composition dans leurs potentialités à produire du sens en générant des structures architecturales pouvant être réutilisées et réinterprétées dans toute une série d’œuvres possibles. »

La recherche pour le projet consiste à mener une étude prospective, « proactive », pour reprendre ici le terme de Jean-Pierre Chupin (Garric & Thibault, 2014). Le but de cette approche est de formuler des propositions et recommandations directement utiles pour le projet. C’est une démarche de recherche favorisant le rapprochement avec les acteurs extra-universitaires. À l’ENSAG, le laboratoire Craterre développe cette approche. Mathilde Chamodot décrit son travail de thèse portant sur un département français : « cette recherche a saisi l’opportunité d’une demande de réflexion de la part d’élus du département. Elle vise à constituer une aide à la décision pour l’orientation des politiques territoriales locales avec un regard d’architecte sur les nouvelles pensées du logement accessible. » Suivant cette même logique dans un contexte autre, Annalisa Caimi dans le cadre de son doctorat a élaboré « un outil méthodologique soutenant la mise en place d’une démarche de projet s’ancrant fortement aux spécificités contextuelles selon une logique de continuité, tant culturelle que de pratique, entre passé et futur, entre préparation et réponse aux catastrophes ».

La recherche par le projet propose d’utiliser le projet comme outil de recherche à part entière (Coste et al., 2014). Un outil pour expérimenter des propositions, pour révéler des situations et pour recueillir des discours dans une relation directe avec le réel. Pour introduire cette recherche par le projet il semble important de revenir à l’approche de Christopher Frayling (Frayling, 1993), et à sa suite d’Alain Findelli (Findeli, 2004). Pour celui-ci, la recherche par le projet est une recherche-projet[10], « un type de recherche “actif”, situé et engagé dans le champ d’un projet de design » (Findeli, 2004). Elle se traduit par une expérimentation pratique. Cette approche entend le projet comme un processus de recherche pertinent, qui génère une investigation critique par le travail de projet. À l’inverse des recherches « classiques » qui se fondent sur des hypothèses, certains auteurs, comme Verbeke (Verbeke, 2013) par exemple, suggèrent que la création, l’action doivent être le nouveau point de départ de cette recherche par le projet. Il s’agit de penser par la pratique ; de faire pour penser.

À partir de ces différents angles, nous avons donc classé d’une part les résumés de thèses et d’autre part les articles de doctorants (figure 4 et 5). Les résultats de ce classement sont plus ou moins identiques entre nos deux corpus. Les résumés de thèses et les articles des doctorants abordent le projet sous le même angle d’approche. De plus, nous pouvons remarquer que la part des travaux portant sur, autour et dans le projet est nettement plus importante. Au contraire, les recherches pour et au-delà du projet restent minoritaires. Dans ce corpus d’étude, la recherche par le projet est absente.

figure-4figure-5

Au-delà de ce corpus de recherche, nous pouvons pourtant repérer dans certaines thèses plus récentes cette tendance à entrer dans la recherche par le projet. On peut notamment citer la thèse de Thiago Lopes Ferreira soutenue en fin d’année 2014 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble[11]: « Architectures vernaculaires et processus de production contemporains : formation, expérimentation et construction dans une communauté rurale au Brésil » (Lopes Ferreira, 2014). On peut également citer certaines thèses réalisées par des architectes de formation, mais soutenues dans d’autres disciplines qui proposent une pareille approche ; et notamment la thèse en urbanisme mention architecture de Gabriella Trotta-Brambilla[12]: « Infrastructure, territoires et projets : l’exemple de la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin-Milan » (Trotta-Brambilla, 2013) qui propose dans son travail plusieurs scénarios pour l’implantation d’une ligne ferroviaire à grande vitesse dans la région de Novare en Italie. Enfin, nous pouvons faire référence ici au master mention recherche de L’ENSA de Lyon intitulé « recherche par le projet » qui vise notamment à préparer au mieux les futurs doctorants à une thèse par le projet, et qui a fait l’objet d’une publication au printemps 2015 (Pescador & Mirallave, 2015).

Cette première analyse des thèses[13] à partir de leur approche du projet ouvre différentes pistes de recherche. D’une part, nous pourrions évaluer si un ensemble de types d’approche du projet (autour, au-delà, sur, dans, pour, par) correspond plus particulièrement à un domaine de la recherche architecturale (histoire de la construction, ambiances…). Par exemple, nous pourrions vérifier si les approches au-delà du projet constituent le point de départ des recherches sur les ambiances. D’autre part, nous pourrions analyser la relation entre l’approche défendue par les chercheurs HDR et celle développée par les doctorants. Cela nous permettrait alors peut-être de voir l’émergence de différentes conceptions de l’approche du projet dans la recherche architecturale et sa distribution au sein des laboratoires des écoles d’architecture.

Au final, cette analyse des recherches doctorales s’est concentrée sur les thèses soutenues au moment de l’écriture de cet article. Cette étude à partir des résumés pourrait être étendue à l’analyse des thèses en préparation. Nous pourrions également étendre le corpus à d’autres articles publiés par les doctorants dans d’autres types de revues. Cette extension du champ d’études permettrait ainsi de vérifier les résultats obtenus au sein d’un corpus plus large et éventuellement de déceler des évolutions dans l’approche du projet.

Conclusion

Les questions concernant la place du projet dans la recherche doctorale en architecture connaissent aujourd’hui une vitalité importante, pour preuve la journée d’étude organisée le mardi 3 mars 2015 par l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris : « Thèses en design, thèses en architecture : Quel sort pour le projet ? », ou encore la publication d’une nouvelle revue biannuelle par les Presses Universitaires de France intitulée Science du Design.

Dans cet article, après être revenus sur les diverses définitions du terme de projet, nous avons tenté d’appréhender la place que celui-ci occupe dans les conceptions de la recherche doctorale des enseignants, chercheurs et HDR en architecture ainsi que des architectes praticiens. Enfin, nous avons proposé un essai de typologie d’approche du projet dans la recherche doctorale en architecture en pointant les limites et les prolongements possibles de celle-ci.

Les thèses qui développent des approches pour et par le projet restent pour l’instant relativement minoritaires. Ces approches se caractérisant par leur visée largement prospective semblent néanmoins se développer au sein de la recherche doctorale en architecture. Nous postulons que cette force d’anticipation, intrinsèquement présente dans la notion de projet et qui nécessite un engagement fort du chercheur, constitue un champ d’exploration vaste et riche et participe pleinement au débat scientifique.

Dernier point, et pour prolonger ce raisonnement, il apparaît important de souligner que le rôle joué par les laboratoires de recherche et les HDR dans le choix de telles ou telles approches du projet au sein des thèses en architecture est central. Ainsi, en reprenant les réflexions avancées par Anne Coste (Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, 2005) dans le cadre du développement de la recherche en architecture, les actuels enseignants de projets au sein des écoles, en tant que possibles futurs HDR, pourraient donner une vitalité et un renouveau à la recherche doctorale en architecture : vers une recherche par le projet.

Notes

  1. Des travaux récents développent la relation projet et recherche dans le monde anglo-saxon par la notion de design research : Buchanan (Buchanan, 2001), Fraser (Fraser, 2013), Koskinen (Koskinen, 2011), et Zimmerman (Zimmerman, Stolterman, & Forlizzi, 2010).
  2. Spécificité française, l’enseignement supérieur se caractérise par une séparation marquée entre les universités et les grandes écoles. Ainsi, l’enseignement et la recherche en architecture ont lieu dans des Ecoles jusqu’ici seulement rattachées au Ministère de la Culture et de la Communication. Celles-ci se distinguent des Ecoles d’ingénieurs sous tutelle du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’urbanisme et la géographie sont rattachés à l’Université et à ce même ministère. Enfin, les Ecoles de paysage dépendent du Ministère de l’Agriculture.
  3. Laboratoire Cultures Constructives (http://culturesconstructives-aecc.com/) au sein de l’unité de recherche Architecture, Environnement et Cultures Constructives (http://aecc.hypotheses.org/) de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (ENSAG) membre de l’Université Grenoble Alpes (UGA).
  4. Dans ce recueil, plusieurs professeurs HDR en architecture se questionnent sur les modalités de mise en place et les spécificités d’un doctorat en architecture dans le cadre de la mise en place de la réforme LMD (Licence, Master, Doctorat) en France. La question du doctorat a été l’un des thèmes centraux des Journées européennes de la recherche architecturale et urbaine organisées en 2004 à Marseille (Ministère de la culture et de la communication, 2004).
  5. Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine intitulés « Trajectoires doctorales » en 2012 et « Trajectoires doctorales 2 » en 2014 ont été publiés à la suite des Rencontres doctorales de Nantes en 2010 et de Paris en 2013. Les Rencontres doctorales ont été initiées par le Bureau de la Recherche Architecturale Urbaine et Paysagère (BRAUP) chargé de développer une politique publique de recherche scientifique au sein du Ministère de la Culture et de la Communication.
  6. La base de données de l’ensemble des thèses préparées et soutenues dans les établissements d’enseignement supérieur en France est disponible sur le site www.theses.fr.
  7. Le doctorat en architecture a été instauré dans la cadre de la réforme LMD (Licence, Master, Doctorat) de l’enseignement de l’architecture par le décret du 30 juin 2005. Il existait toutefois auparavant des thèses soutenues dans cette discipline suite au premier « doctorat en architecture » créé en 2003 par l’université Paris VIII.
  8. Les métiers de l’histoire de l’architecture, édifices-villes-territoires (MHA-evt, http://mhaevt.hypotheses.org/), Le centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain (Cresson, http://www.cresson.archi.fr/), Cultures Constructives et Craterre de l’Unité de recherche architecture, environnement et cultures constructives (AE&CC, http://culturesconstructives-aecc.com/, http://craterre.org/).
  9. http://mhaevt.hypotheses.org/le-laboratoire/lhistoire-comme-methode
  10. Pour Alain Findeli, la recherche-projet s’apparente, avec des nuances et des restrictions, à la « recherche-action », à la « théorisation ancrée », à la « recherche participative », et à la « phénoménologie ».
  11. Thèse réalisée au sein de l’unité de recherche AE&CC, laboratoire Cultures Constructives de l’ENSAG, en cotutelle avec le laboratoire HABIS de l’Université de Sao Paulo/São Carlos (Brésil) et sous la direction d’Anne Coste et d’Akemi Ino.
  12. Thèse réalisée dans les laboratoires PACTE, Institut d’urbanisme de Grenoble et le Dipartimento Archittetura e Studi Urbani du Polytechnique de Milan (Italie) et sous la direction de Gilles Novarina et d’Ilaria Valente.
  13. L’étude des résumés des thèses et des articles tirés de leurs travaux ne permet pas de saisir l’entièreté des réflexions menées au cours du processus de recherche doctorale. Bien qu’aidés dans ce travail d’interprétation par la présence de mots-clefs, nous avons dû parfois travailler à partir de résumés concis pouvant éventuellement ne pas traduire l’ensemble du travail.

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Annexe 1. Liste des 58 thèses étudiées à travers leurs résumés

Annexe 2. Liste des articles de doctorants étudiés



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